Quelques nouvelles de nos aventures au Cameroun
Simon, Jolan, Claude et Bruno
Cher Président, cher Paul Biya,
C’est avec une bonne part de tristesse, de mécontentement, et de colère que l’on a accueilli votre sortie de Mercredi. Les évènements de ces derniers jours dans notre pays ont en effet beaucoup affecté le moral des camerounais, qu’ils soient de Paris, ou de partout ailleurs dans la diaspora, et l’on attendait sincèrement de vous des signes ostentatoires d’apaisement lors de cette allocution. Des signes clairs.
Malheureusement, et comme à votre habitude, vous n’avez pas entendu l’appel des Camerounais. N’étiez-vous pas avisés, M. Le Président, du fait que les émeutes récentes n’étaient que l’expression
d’un profond malaise qui couvait déjà depuis cette annonce hasardeuse de projet de modification de la constitution ? Il aura fallu la mort d’un jeune compatriote samedi dernier à Douala, la
fermeture d’une chaîne de télévision privée et une grève de transporteurs jumelée à un excès de zèle de vos courtisans pour que les choses dégénèrent en casses, pillages, vols et agressions ; car
les Camerounais n’en pouvaient plus.
Les Camerounais n’en peuvent plus M. le Président.
Ils n’en peuvent plus d'être nargués par des gouvernants opulents qui ignorent les réalités les plus fondamentales du citoyen moyen. Ils n’en peuvent plus d’être asphyxiés par une flambée des prix de produits dont la production est assurée dans leur propre pays. Ils n’en peuvent plus d’être moqués par une télévision nationale partiale et inféodée au pouvoir que vous vous évertuez tant bien que mal à incarner. Ils n’en peuvent plus de la répression et des privations systématiques de liberté. Les Camerounais n’en peuvent tout simplement plus, M. Le Président. Qu’ils soient femmes, hommes ou enfants !
Quand on a une police, une gendarmerie et des militaires qui opposent des balles réelles aux réclamations contre la vie chère ; quand on a un Ministre de l’information, un « Kontchou » des temps modernes, qui oppose des fermetures de chaînes à des critiques vertement adressées à l’endroit de votre régime; quand on a un gouverneur zélé, comme Faï Yengo, qui oppose à des velléités de revendications contre la modification de la constitution des interdictions de manifester arbitraires et des bavures policières, à quels résultats vous attendiez-vous concrètement ?
Excusez-nous de vous le dire, M. le Président, vous avez encore manqué là une occasion de vous distinguer.
Comme tant d’autres fois, vous avez répondu aux abonnés absents en plein cœur de la tourmente. Comme tant d’autres fois, vous vous êtes gaussés des camerounais en recevant pompeusement en
audience des diplomates de seconde zone pendant que de jeunes compatriotes mourraient sous les balles de vos policiers. Aucune sortie publique, aucune déclaration, rien. Il aura fallu attendre ce
Mercredi pour vous voir enfin sortir de vos dorrures.
Et pour dire quoi ?
Rien de nouveau sous le soleil : un discours de quelques minutes, vide, menaçant et aussi inconséquent que condescendant. Aucune solution, aucune compassion, aucune perspective. Que nenni ! En lieu et place d'une allocution, vos scribes, M. le Président, vous ont pondu une injure aux cris de détresse de tous les camerounais. Une mini déclaration de guerre en direct au peuple souverain. Que du dédain. Et une réaffirmation de cette prétendue autorité de l’Etat que vous pensez incarner depuis un quart de siècle. Nous rappelant ainsi à de vieux souvenirs, entre un « Me voici donc à Douala », « La conférence Nationale est sans objet » et un « Tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit ». La même arrogance et le même mépris que vous affichiez déjà dans les années 90. Comme quoi, on ne change pas les vieilles habitudes. On ne change pas de fusil d'épaule.
Dans ce discours, M. le Président, vous n'aviez raison que sur un point : les pillages, les casses et les violences sur les personnes et les biens publics sont à condamner fermement. Mais pas
parce que vous l’avez demandé ou que vous le suggérez, mais tout simplement parce que ce sont les camerounais, les vrais, qui ont le plus à y perdre dans cette affaire. Personne ne souhaite à
notre pays, vous comme nous, ce qu’on a pu voir ailleurs en Afrique ces dernières années : il faut donc rapidement que les actes de vandalisme cessent, sur toute l'étendue du territoire.
Néanmoins, ce qui est tout aussi condamnable, et vous auriez peut-être dû le signaler, c’est l’inexpérience de vos forces de l’ordre qui tirent et balancent des bombes lacrymogènes à tout bout de
champ sur de jeunes compatriotes, pour la plupart sans défense. Dans des écoles, dans des maisons, partout. Tout cela est inacceptable. Inconcevable, M. le Président, pour toute personne qui se
veut pétrie de liberté et de justice.
Que plusieurs jeunes camerounais meurent dans ces conditions, pour vous, visiblement, c’est tout au plus « regrettable ». Que des jeunes se déchaînent sur les symboles de nos institutions, et il
ne faut bien évidemment y voir que des manipulations de ceux que vous appelez insolemment « apprentis sorciers ». Ne voyez-vous donc en ces révoltes aucun message subliminal ? Aucune attente
sociale ? Aucune aspiration populaire au mieux-vivre ? Pis, êtes-vous incapables de présenter des condoléances dignes de ce nom aux familles éplorées lors de ces émeutes ?
Non, c’est impossible pour vous de faire preuve d’humilité. Normal, puisque tout va bien au Cameroun, la vie est belle, la démocratie suit son cours et tout le monde est content. Le Cameroun est
un « Etat de droit » : merci, on ne le savait pas. Sincèrement, M. Le Président, de qui vous moquez-vous ? De quel « paix » parlez vous quand la majorité des camerounais n'a pas la paix du ventre
et croupit sous les pesanteurs d'une misère grandissante ?
Le 11 février dernier, à l’occasion de la fête de la Jeunesse, vous nous ressortiez d’ailleurs la vieille rengaine, éculée, de cette jeunesse qui serait selon vous « l’avenir du Cameroun », pour
laquelle l’Etat se battrait corps et âme depuis des lustres. Cette jeunesse que vous vous targuez de connaître depuis 25 ans déjà, générations sur générations, de Senfo Tokam à Mouafo Djontu,
sans que cela ne vous fasse sourciller de honte.
Depuis quelques jours donc, si vous n’en aviez pas connaissance, sachez que cette jeunesse vous envoie un signal fort de détresse depuis Douala, Yaoundé, Kumba, Limbé, Bamenda, Bafoussam, et même depuis Paris à travers ce texte. Le peuple camerounais est fatigué. Fatigué de l'arbitraire et des privations. Fatigué du mépris et de l'arrogance. Fatigué de 25 ans d'illusions et d'incuries. Et il ne compte plus se laisser sacrifier sur l'autel de la mal gouvernance et de l'immobilisme. Il serait salvateur que vous l'intégriez une fois pour toute, M. le Président.
Car comme disait déjà Célestin Monga, que vous deviez bien connaître en son temps, « ne vous méprenez pas sur la patience manifestée par les camerounais jusqu'à présent, ils sont capables du meilleur comme du pire. »
Nous commençons petit à petit à en être tous convaincus.
DOUALA (AFP) — Une grève contre la hausse du prix du carburant au Cameroun a dégénéré en de graves violences qui ont fait 17 morts et mêlent malaise social et contexte politique tendu, sur fond de spéculations et de luttes intestines autour de l'avenir du président Paul Biya.
Depuis samedi, les incidents opposant manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins 17 morts, selon un bilan établi mercredi par l'AFP.
Les chauffeurs des très nombreux taxis et moto-taxis du pays sont entrés en grève lundi pour protester contre l'augmentation du prix du litre d'essence, passé le 7 février de 584 francs CFA (0,89 euro) à 600 FCFA (0,91 euro). La grogne concernait aussi le renchérissement de plusieurs produits de première nécessité.
Mais la contestation a immédiatement débordé le cadre de la grève. Des groupes de personnes, souvent jeunes, sont descendus dans les rues de Douala, la capitale économique du pays, et d'autres villes de l'ouest, incendiant des pneus, des véhicules et des kiosques pour dresser des barricades.
Des affrontements ont éclaté avec les forces de l'ordre. Des pillages de commerces, notamment de ceux appartenant à des Chinois, ont été constatés.
Les violences ont gagné mardi Yaoundé, la capitale camerounaise.
La situation semblait devoir rentrer dans l'ordre mercredi, après une nuit de négociations entre les syndicats de transporteurs et la Caisse de la stabilisation du prix des hydrocarbures (CSPH). Les grévistes ont obtenu gain de cause avec une légère baisse du prix du litre d'essence, à 594 FCFA (0,90 euros).
Les syndicats ont donc décidé mercredi matin de cesser leur grève et ont lancé un appel au calme, relayé par l'archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi.
Mais la circulation n'a pas repris mercredi. Les incidents, en revanche, se sont multipliés.
A Douala, des tirs ont retenti dans plusieurs quartiers. Sur le pont sur le Wouri, la police a utilisé des lances à incendie pour disperser des manifestants, dont certains sont tombés dans le fleuve, ont rapporté des témoins.
La radio nationale a signalé de nouveaux troubles dans plusieurs villes, dont Bamenda et Buéa (ouest). Un élu local du parti au pouvoir a fait état de huit nouveaux morts mardi soir et mercredi à Njombé et Loum, deux localités au nord de Douala.
"Les boutiques et magasins sont fermés. Tout le monde essaie de rentrer à la maison", a affirmé à l'AFP une habitante de Yaoundé, où des coups de feu ont retenti, notamment près du quartier résidentiel de Bastos.
"Ce qui se passe au Cameroun n'a rien à voir avec une simple grève contre la hausse du prix du carburant. C'est l'expression des nombreuses frustrations du peuple camerounais", estime Joshua Osih, le vice-président du Social Democratic Front (SDF), principal parti d'opposition.
"Le mal est très profond", insiste-t-il, soulignant que la quasi-totalité des "casseurs" ont moins de 30 ans et n'ont pas de travail.
Ces incidents s'inscrivent aussi dans un contexte politique tendu en raison du projet de révision de la Constitution, visant à autoriser le président Biya, au pouvoir depuis 1982, à briguer un nouveau mandat en 2011.
Dans plusieurs villes, les pancartes brandies par les manifestants mêlent des revendications sociales sur le coût de la vie aux slogans invitant Paul Biya, 75 ans, à quitter le pouvoir.
Depuis le début de la crise, le chef de l'Etat, qui s'exprime rarement en public, est demeuré muet.
Selon un diplomate occidental, le président Biya est aussi pris en étau, dans son propre camp, entre des "réformateurs" partisans d'une lutte accrue contre la corruption qui gangrène le pays et des "durs" qui "veulent continuer à se servir" dans les caisses de l'Etat.
Interdit de laver sa mobylette isi
Bruno Essard-Budail
Chaleur et moiteur
Tu dis que quoi ?
Qu’il fait meilleur ailleurs ?
Les gens souffrent à Dschang à Bamenda à Maroua,
Et à Sangmélima
Mais à Douala ?
Il pleut
J’ai pas dormis depuis
Allez, donne moi un bâton
Pas du miondo, un bâton pour mes poumons.
Dans les quartiers sans lumière
La pluie inonde les ruelles
Donne l’argent !
Les policiers sont voleurs
Les ombres violent les fillettes
Cache cette jambe, cache ce sein
Un bite transperce
Une longue plainte jaillie sous l’averse
Et ceux qui se terrent
Derrière les minces cloisons ?
Un taco surchargé vogue de flaques en flaques
« SVP ne me déviergez pas » inscrit sur son pare choc.
Des benskineurs driblent les voitures
Sans lumière, sans casque, sans espoir
Un clando traverse la nuit en pétaradant
Tandis qu’à Bonanjo un VX respecte l’unique feu rouge
Là haut les avions s’évadent
Mais ça fait combien de temps
Que tu fais la queue devant le consulat ?
Devant son étal posé sur les égouts
Buyam sellam attend le client
La mangue est belle et l’ananas, si si, est frais
Un gosse propose une bouteille d’arachides
C’est mille francs patron et j’ai faim
Au carrefour les mendiants envoient leurs enfants
Lécher les vitres des voitures des blancs
Mais le frère qui passe mine de rien
Dans son costume Armani ?
Il pleut dru et je n’ai pas de maison du parti
Entrons dans ce maquis
Dévorons les brochettes et le soya
Une Castel pour faire glisser
Laisse-moi gamin j’ai pas besoin de lotus
Un vieux sirote une Beaufort au bout du comptoir
Un fayman parle fort dans son portable
Sur le beach ils ont détruit le pont
Mais, la route, elle viendra quand ?
Sur l’île de Djébalé pas de lumière, pas de voiture
Des vestiges coloniaux, allemands surtout
Sur une pancarte surgie de nulle part :
« Fan club Didier Drogba »
Et des enfants qui tripotent un ballon dégonflé
Dans la cour de l’école, sous les manguiers
Un verre de vin de palme comme rafraîchissement
Puis une merveille : le met de pistache
Et le Fofo, ex Odondol, du sérieux, du costaud
Sur les plages de Limbé et de Kribi
De vieux blancs, tout blanc,
Bavent devant de jeunes filles courtes vêtues
« Mes seins c’est 5000, ma chatte 10000, pour voir offre moi un verre
La pipe 20000, bois ton whisky
L’amour 30000, mais termine ton jus
Le soleil tombe dans la grande salée, allez encore un verre
Et pour 50000 je viens avec ma sœur, vide la bouteille
Et ton cul c’est le mariage ?
Pas besoin d’alarme sophistiquée
L’enfant de la rue garde la voiture
À Akwa, à Bonanjo, à Bonapriso, à Bali
« Je garde patron, je garde »
Un autre : « Un Mont-Blanc, une Rolex, du champagne ? »
Mais la famille à nourrir
L’écolage pour la petite sœur
Le beignet haricot et la motivation, c’est combien ?
Et le point d’achèvement ?
Sur les plages de Limbé et de Kribi
De vieux blancs, tout blanc,
Bavent devant de jeunes filles courtes vêtues
« Mes seins c’est 5000, ma chatte 10000, pour voir offre moi un verre
La pipe 20000, bois ton whisky
L’amour 30000, mais termine ton jus
Le soleil tombe dans la grande salée, allez encore un verre
Et pour 50000 je viens avec ma sœur, vide la bouteille
Et ton cul c’est le mariage ?
Pas besoin d’alarme sophistiquée
L’enfant de la rue garde la voiture
À Akwa, à Bonanjo, à Bonapriso, à Bali
« Je garde patron, je garde »
Un autre : « Un Mont-Blanc, une Rolex, du champagne ? »
Mais la famille à nourrir
L’écolage pour la petite sœur
Le beignet haricot et la motivation, c’est combien ?
Et le point d’achèvement ?
Mange-mille, mon ami policier
Dans ton costume de foire auréolé de galons
Fayman de la fonction publique
Voleur patenté
Il est bien tard quand tu agites
Frénétiquement ta petite lanterne
Tu veux de l’argent pour ton carburent
Mais c’est pas gratuit la bière
C’est au moins 500 !
Les corrompus gangrènent la ville
Ils portent en eux la haine et la grisaille
Comme ces marchands de sommeil
Qui hantent les cloaques insalubres et nauséabonds
Des quartiers miséreux et délaissés
Ils s’empiffrent de l’aide humanitaire
Investissent la dette dans des palaces occidentaux
Et arment des enfants-soldats
Avec la bénédiction du fmi et de la banque mondiale
Les enfants de Maképé
Sont dans le livre de Lionel Bourg
Sous les toits de tôle
Etouffés par la poussière brûlante
Entassés à plus de 100 par classe
Ils citent Sartre et Boris Vian
Et rêvent du visa pour étudier en France
Sinon ils grossiront les troupeaux entassés sur les pirogues des passeurs
Proies passives de tous les requins
Un mort gît au bas de chez moi
C’est un bandit, c’est un bandit
Nu
Battu de mille coups de bâton
Laissé là pour l’exemple
Dans la pourriture d’un caniveau ensanglanté
Demain il sera dans le journal
Puis jeté dans une fosse commune
Sans oraisons, ni fleurs, ni pleureuses
Rue de la joie à Deïdo
À droite après le collège Saker
Le cri lancinant du Bikutsi
Des sonos poussées à saturation
Posons-nous dans ce container
Amis poètes
Refaisons le monde
Pisons sur les grandes ambitions
Faisons tourner la calebasse et inventons l’aurore
La nuit finie chez Eugène
On sirote un bon whiskey au bord du Woury
D’un coté le pont et la ville de l’autre l’immensité des légendes Sawa
Pasto mime son fameux but contre l’Angleterre
Coupe du monde 90
Le capitaine braisé envahi la table, et le miondo,
Les pommes de terre au poivre de Penja, le ndolé, les crevettes,
Le plantain à peine caramélisé, le poulet D.G., le ndomba de poisson,
Le crocodile au fumé de termites, la vipère et toutes les odeurs…
« Et Bru, tu dors ? »
Tous les seins circulent sur le Boulevard de la liberté
« Pas encore, Eugène, pas encore… »Bruits de chair
Anne Cillon Perri
I
Au plus abrupt du dominant aujourd’hui
Une bouche hystérique et luxurieuse
S’ouvre comme le con d’une nonne
Et se laisse pénétrer âprement
Par-dessus un vieux thalweg
Un amour apyre s’invente
Une nouvelle résistance
Et s’oublie dans la visitation d’Éros
La rue spécule tout le temps
Au cœur d’une forêt ocre
Chaque femme a dans la tête
Quelque chose d’un oiseau
Le jour se lève à nouveau
Avec un maquillage étonnant
Et fait ses adieux à la bande de Douala
Au fond d’une déchirante détresse
II
A l’ombre stimulant des mangliers
Le village se donne de sage un visage
Et organise sa survie
En glosant sur la séparation prochaine
Des oiseaux malhonnêtes offrent
Leurs culs à une cour de récréation
Il faut montrer patte blanche
Pour faire partie de ce cénacle
Un pied lourd comme une mamelle
Répète des bruits de chair stridents
Son orteil est un œil qui s’émerveille
Près d’un buisson sanglotant
Dans la nef d’une église menaçant ruine
Une vie étonnante perdure malgré tout
Elle simule un accent circonflexe
Tandis qu’une main lui germe de la figure
III
La mangrove répète le songe
En disant clairement ses soifs
Comme les enfants de Djébalè
Dans la complicité du fleuve
Face à la bigarrure de la rue
Une tête auréolée d’une crête
Et une jambe coupée on eût dit à la hache
Se mêlent les pédales
Une vie révoltante dicte sa morale
Et fixe d’autorité le violent taux
Par lequel se réescompte l’espoir
Dans la galère du quotidien
A force de touiller ses couilles
Au fond d’un tableau de Yamguen
Crypté tel un mot de passe
Un gracieux salaud saborde le futur
IV
Trois ou six bustes de femmes
S’envolent on dirait oiseaux de proie
Leurs becs durs comme des armes
Accumulent toute la chaleur de la couleur orange
Étrange agglomération
Qu’un bal de baleines et de phalènes
En marge de ce chemin de croix
Qui ne fait que commencer
Avec un œil sur le nez et une bouche vulvaire
Un idiot orgueilleux regarde dans les yeux
Une fleur fanée aux gros nichons
Tous les fonds sont jaunes et le bleu très pur
Une forte ensellure inscrit son humeur versatile
Dans le profil fleuri d’une fille surprenante
Dont la terrible habitude de mutisme
Affûte le mystère comme souventefois la vie
V
Un prince maya sourit à une branche d’églantine
Soudain son regard devient une flèche
Sur laquelle marche un oiseau rare
Quelle rage de fauve
Avec une tête orchidacée et hirsute
Une donzelle se cache le visage devant Bruno
Comment résister à son manteau pourpre
S’exclame le français
Cette fille a une fleur à la place du cœur
Et un œil tout près du bec
C’est cela le propre des femmes
Leurs bouches racontent tout ce qu’elles voient
Une étrange mélancolie torture les poètes
À la veille d’une vaste déchirure
Cette brune eau essarte la bonne syntaxe
Et trempe la ville on dirait dans le deuil
Yaoundé, l’Assoumière, Loge poétique, 16 Juillet 2007
Demain suite et fin...
Respiration
Hervé Yamguen
Avec les saisons / on dessine des poissons / nos instants heureux
Pour de beaux yeux / on rit, on cause / la mer est belle
Dire qu’on s’aime / écrire pour en témoigner / entre les lignes
Ouvrir les mots / comme des doux fruits / pour dire les rêves
Du temps qui passe / on retient l’amitié / des mots simples
Hervé Yamguen à aussi illustré le livre : 49 exemplaires entièrement fait à la main avec des illustrations différentes pour chaque exemplaire.
La suite demain...
On l'avait promis alors voici l'intégrale du receuil composé de quatre parties :
Anamnèse de Fernando d'Alméida
Respiration de Hervé Yamguen
Bruits de chair de Anne Cillon Perri
Interdit de laver sa mobylette isi de Bruno Essard-Budail
À pieds joints ta vie gravit
Les murailles des choses
Au cubitus des mots et tandis
Que se ferme ton poing
À l’allongée de l’existentiel
Ton visage brode nuitamment le Même
Et cherche à s’établir sous
Les rotules des consonnes et des voyelles
Du côté insulaire de l’éternité
Où nous parvient quelle cicelée
Le ciel perd son sens giratoire
Et voilà que te colletant avec
Les raisons sylvestres à l’intérieur
Desquelles tu nais solaire
Pour en homme de vigie arpenter
La vie posée sur tes genoux
Nous portons sur le dos
La hotte des métaphores
Afin que nous pourlèche l’ainsi
Qui se souvient de l’infini fini
Frère d’aurore assis en tailleur
Sur l’agora du merveilleux
Lorsque tu te prosternes devant
Les syllabes acculées à l’ici du poème
Pour ramener aux rives de l’être
Les rênes des saisons votives
Nous marchons d’un pas guilleret
À la quête du transcendant créatif
Qui règle sa ronde par la beauté
De celle qui te marie au clair du vécu
Demain à l’heure prédite
Où la vie énonce l’émoi
Des blessures ensoleillées
Il te faudra vieil aède
Désobéir au déjà-là
Qui mène au sarcophage
Et souquer vers l’étrange
Roulant à plein bond
Au midi d’une aurore
Il te faudra
Aux sorites des vieux rites
Rapatrier le consensuel
Et dresser à folles aiguillées
Constat de tant de riens encodés
Aux cottages des langages
Demain pour sûr
À l’heure du bivouac
À l’heure mutine quand jacasse
La vie éreintée d’oxymores
L’obscurité du cristal gagnera en relief
Et nous irons cantiquer
En tout lieu où vertige le savoir
Car ceints de mots adultérant la réalité
Nous irons relever la vie
Qui tarde à virer vers
La sémantique du Tout-muant
Sept avril / quatorze juillet Deux mille sept
Le soir disperse les mots
Sous la herse du silence
Tandis que vieillit la vie
Qui vaque à l’altérité
Assis sur un canapé
Au parapet du langage
Bruno Essard-Budail
Glisse dans la fente des souvenirs
Et ramène à Douala La Rochelle
Que plénifie l’humanité de l’homme
À l’amont du soir
La vie s’avive en nous
Au soc d’une amitié
Qui va de Bruno à Pico
Au levant du fondamental
Comme la vie nous renaîtrons
D’entre les opacités des destinées
Pour léguer à l’ici maintenant
La merveille du merveilleux
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