Présentation

culture (littérature et arts)

Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 11:17
Dernière partie de Interdit de laver sa mobylette isi



 

Interdit de laver sa mobylette isi

 

Bruno Essard-Budail

 

Chaleur et moiteur

Tu dis que quoi ?

Qu’il fait meilleur ailleurs ?

Les gens souffrent à Dschang à Bamenda à Maroua,

Et à Sangmélima

Mais à Douala ?

Il pleut

J’ai pas dormis depuis

Allez, donne moi un bâton

Pas du miondo, un bâton pour mes poumons.

 

Dans les quartiers sans lumière

La pluie inonde les ruelles

Donne l’argent !

Les policiers sont voleurs

Les ombres violent les fillettes

Cache cette jambe, cache ce sein

Un bite transperce

Une longue plainte jaillie sous l’averse

Et ceux qui se terrent

Derrière les minces cloisons ?

 

Un taco surchargé vogue de flaques en flaques

« SVP ne me déviergez pas » inscrit sur son pare choc.

Des benskineurs driblent les voitures

Sans lumière, sans casque, sans espoir

Un clando traverse la nuit en pétaradant

Tandis qu’à Bonanjo un VX respecte l’unique feu rouge

Là haut les avions s’évadent

Mais ça fait combien de temps

Que tu fais la queue devant le consulat ?

 

Devant son étal posé sur les égouts

Buyam sellam attend le client

La mangue est belle et l’ananas, si si, est frais

Un gosse propose une bouteille d’arachides

C’est mille francs patron et j’ai faim

Au carrefour les mendiants envoient leurs enfants

Lécher les vitres des voitures des blancs

Mais le frère qui passe mine de rien

Dans son costume Armani ?

 

Il pleut dru et je n’ai pas de maison du parti

Entrons dans ce maquis

Dévorons les brochettes et le soya

Une Castel pour faire glisser

Laisse-moi gamin j’ai pas besoin de lotus

Un vieux sirote une Beaufort au bout du comptoir

Un fayman parle fort dans son portable

Sur le beach ils ont détruit le pont

Mais, la route, elle viendra quand ?

 

Sur l’île de Djébalé pas de lumière, pas de voiture

Des vestiges coloniaux, allemands surtout

Sur une pancarte surgie de nulle part :

« Fan club Didier Drogba »

Et des enfants qui tripotent un ballon dégonflé

Dans la cour de l’école, sous les manguiers

Un verre de vin de palme comme rafraîchissement

Puis une merveille : le met de pistache

Et le Fofo, ex Odondol, du sérieux, du costaud

 

Sur les plages de Limbé et de Kribi

De vieux blancs, tout blanc,

Bavent devant de jeunes filles courtes vêtues

« Mes seins c’est 5000, ma chatte 10000, pour voir offre moi un verre

La pipe 20000, bois ton whisky

L’amour 30000, mais termine ton jus

Le soleil tombe dans la grande salée, allez encore un verre

Et pour 50000 je viens avec ma sœur, vide la bouteille

Et ton cul c’est le mariage ?

 

Pas besoin d’alarme sophistiquée

L’enfant de la rue garde la voiture

À Akwa, à Bonanjo, à Bonapriso, à Bali

« Je garde patron, je garde »

Un autre : « Un Mont-Blanc, une Rolex, du champagne ? »

Mais la famille à nourrir

L’écolage pour la petite sœur

Le beignet haricot et la motivation, c’est combien ?

Et le point d’achèvement ?

 

Sur les plages de Limbé et de Kribi

De vieux blancs, tout blanc,

Bavent devant de jeunes filles courtes vêtues

« Mes seins c’est 5000, ma chatte 10000, pour voir offre moi un verre

La pipe 20000, bois ton whisky

L’amour 30000, mais termine ton jus

Le soleil tombe dans la grande salée, allez encore un verre

Et pour 50000 je viens avec ma sœur, vide la bouteille

Et ton cul c’est le mariage ?

 

Pas besoin d’alarme sophistiquée

L’enfant de la rue garde la voiture

À Akwa, à Bonanjo, à Bonapriso, à Bali

« Je garde patron, je garde »

Un autre : « Un Mont-Blanc, une Rolex, du champagne ? »

Mais la famille à nourrir

L’écolage pour la petite sœur

Le beignet haricot et la motivation, c’est combien ?

Et le point d’achèvement ?

 

Mange-mille, mon ami policier

Dans ton costume de foire auréolé de galons

Fayman de la fonction publique

Voleur patenté

Il est bien tard quand tu agites

Frénétiquement ta petite lanterne

Tu veux de l’argent pour ton carburent

Mais c’est pas gratuit la bière

C’est au moins 500 !

 

Les corrompus gangrènent la ville

Ils portent en eux la haine et la grisaille

Comme ces marchands de sommeil

Qui hantent les cloaques insalubres et nauséabonds

Des quartiers miséreux et délaissés

Ils s’empiffrent de l’aide humanitaire

Investissent la dette dans des palaces occidentaux

Et arment des enfants-soldats

Avec la bénédiction du fmi et de la banque mondiale

 

Les enfants de Maképé

Sont dans le livre de Lionel Bourg

Sous les toits de tôle

Etouffés par la poussière brûlante

Entassés à plus de 100 par classe

Ils citent Sartre et Boris Vian

Et rêvent du visa pour étudier en France

Sinon ils grossiront les troupeaux entassés sur les pirogues des passeurs

Proies passives de tous les requins

 

Un mort gît au bas de chez moi

C’est un bandit, c’est un bandit

Nu

Battu de mille coups de bâton

Laissé là pour l’exemple

Dans la pourriture d’un caniveau ensanglanté

Demain il sera dans le journal

Puis jeté dans une fosse commune

Sans oraisons, ni fleurs, ni pleureuses

 

Rue de la joie à Deïdo

À droite après le collège Saker

Le cri lancinant du Bikutsi

Des sonos poussées à saturation

Posons-nous dans ce container

Amis poètes

Refaisons le monde

Pisons sur les grandes ambitions

Faisons tourner la calebasse et inventons l’aurore

 

La nuit finie chez Eugène

On sirote un bon whiskey au bord du Woury

D’un coté le pont et la ville de l’autre l’immensité des légendes Sawa

Pasto mime son fameux but contre l’Angleterre

Coupe du monde 90

Le capitaine braisé envahi la table, et le miondo,

Les pommes de terre au poivre de Penja, le ndolé, les crevettes,

Le plantain à peine caramélisé, le poulet D.G., le ndomba de poisson,

Le crocodile au fumé de termites, la vipère et toutes les odeurs…

 

« Et Bru, tu dors ? »

Tous les seins circulent sur le Boulevard de la liberté

« Pas encore, Eugène, pas encore… »
Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 11:12
La troisième partie de Interdit de laver sa mobylette isi


Bruits de chair

Anne Cillon Perri

 

 

I

 

 

 

Au plus abrupt du dominant aujourd’hui

 

Une bouche hystérique et luxurieuse

 

S’ouvre comme le con d’une nonne

 

Et se laisse pénétrer âprement

 

 

 

Par-dessus un vieux thalweg

 

Un amour apyre s’invente

 

Une nouvelle résistance

 

Et s’oublie dans la visitation d’Éros

 

 

 

La rue spécule tout le temps

 

Au cœur d’une forêt ocre

 

Chaque femme a dans la tête

 

Quelque chose d’un oiseau

 

 

 

Le jour se lève à nouveau

 

Avec un maquillage étonnant

 

Et fait ses adieux à la bande de Douala

 

Au fond d’une déchirante détresse

 

 
 

II

 

 

 

A l’ombre stimulant des mangliers

 

Le village se donne de sage un visage

 

Et organise sa survie

 

En glosant sur la séparation prochaine

 

 

 

Des oiseaux malhonnêtes offrent

 

Leurs culs à une cour de récréation

 

Il faut montrer patte blanche

 

Pour faire partie de ce cénacle

 

 

 

Un pied lourd comme une mamelle

 

Répète des bruits de chair stridents

 

Son orteil est un œil qui s’émerveille

 

Près d’un buisson  sanglotant

 

 

 

Dans la nef d’une église menaçant ruine

 

Une vie étonnante perdure malgré tout

 

Elle simule un accent circonflexe

 

Tandis qu’une main lui germe de la figure

 

III

 

 

 

La mangrove répète le songe

 

En disant clairement ses soifs

 

Comme les enfants de Djébalè

 

Dans la complicité du fleuve

 

 

 

Face à la bigarrure de la rue

 

Une tête auréolée d’une crête

 

Et une jambe coupée on eût dit à la hache

 

Se mêlent les pédales

 

 

 

Une vie révoltante dicte sa morale

 

Et fixe d’autorité le violent taux

 

Par lequel se réescompte l’espoir

 

Dans la galère du quotidien

 

 

 

A force de touiller ses couilles

 

Au fond d’un tableau de Yamguen

 

Crypté tel un mot de passe

 

Un gracieux salaud saborde le futur

 

 

 

 

 

IV

 

 

 

Trois ou six bustes de femmes

 

S’envolent on dirait oiseaux de proie

 

Leurs becs durs comme des armes

 

Accumulent toute la chaleur de la couleur orange

 

 

 

Étrange agglomération

 

Qu’un bal de baleines et de phalènes

 

En marge de ce chemin de croix

 

Qui ne fait que commencer

 

 

 

Avec un œil sur le nez et une bouche vulvaire

 

Un idiot orgueilleux regarde dans les yeux

 

Une fleur fanée aux gros nichons

 

Tous les fonds sont jaunes et le bleu très pur

 

 

 

Une forte ensellure inscrit son humeur versatile

 

Dans le profil fleuri d’une fille surprenante

 

Dont la terrible habitude de mutisme

 
 
 
 
 
 

Affûte le mystère comme souventefois la vie

 

 

V

 

 

 

Un prince maya sourit à une branche d’églantine

 

Soudain son regard devient une flèche

 

Sur laquelle marche un oiseau rare

 

Quelle rage de fauve

 

 

 

Avec une tête orchidacée et hirsute

 

Une donzelle se cache le visage devant Bruno

 

Comment résister à son manteau pourpre

 

S’exclame le français

 

 

 

Cette fille a une fleur à la place du cœur

 

Et un œil tout près du bec

 

C’est cela le propre des femmes

 

Leurs bouches racontent tout ce qu’elles voient

 

 

 

Une étrange mélancolie torture les poètes

 

À la veille d’une vaste déchirure

 

Cette brune eau essarte la bonne syntaxe

 

Et trempe la ville on dirait dans le deuil

 

 

 

                     Yaoundé, l’Assoumière, Loge poétique, 16 Juillet 2007



Demain suite et fin...

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 17 septembre 2007 1 17 /09 /Sep /2007 11:08
La suite de Interdit de laver sa mobylette isi



 

Respiration

Hervé Yamguen

 

 

Avec les saisons / on dessine des poissons / nos instants heureux

 

Pour de beaux yeux / on rit, on cause / la mer est belle

 

Dire qu’on s’aime / écrire pour en témoigner / entre les lignes

 

Ouvrir les mots / comme des doux fruits / pour dire les rêves

 

Du temps qui passe / on retient l’amitié / des mots simples








Hervé Yamguen à aussi illustré le livre : 49 exemplaires entièrement fait à la main avec des illustrations différentes pour chaque exemplaire.





La suite demain...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 16 septembre 2007 7 16 /09 /Sep /2007 17:50

 On l'avait promis alors voici l'intégrale du receuil composé de quatre parties :

Anamnèse de Fernando d'Alméida
Respiration de Hervé Yamguen
Bruits de chair de Anne Cillon Perri
Interdit de laver sa mobylette isi de Bruno Essard-Budail



 Anamnèse (la connivence à cet égard)
Fernando d’Almeida
 

 

 

À pieds joints ta vie gravit

Les murailles des choses

Au cubitus des mots et tandis

Que se ferme ton poing

À l’allongée de l’existentiel

Ton visage brode nuitamment le Même

Et cherche à s’établir sous

Les rotules des consonnes et des voyelles

 

Du côté insulaire de l’éternité

Où nous parvient quelle cicelée

Le ciel perd son sens giratoire

Et voilà que te colletant avec

Les raisons sylvestres à l’intérieur

Desquelles tu nais solaire

Pour en homme de vigie arpenter

La vie posée sur tes genoux

Nous portons sur le dos

La hotte des métaphores

Afin que nous pourlèche l’ainsi

Qui se souvient de l’infini fini

 

Frère d’aurore assis en tailleur

Sur l’agora du merveilleux

Lorsque tu te prosternes devant

Les syllabes acculées à l’ici du poème

Pour ramener aux rives de l’être

Les rênes des saisons votives

Nous marchons d’un pas guilleret

À la quête du transcendant créatif

Qui règle sa ronde par la beauté

De celle qui te marie au clair du vécu

 

Demain à l’heure prédite

Où la vie énonce l’émoi

Des blessures ensoleillées

Il te faudra vieil aède

Désobéir au déjà-là

Qui mène au sarcophage

Et souquer vers l’étrange

Roulant à plein bond

Au midi d’une aurore

 

Il te faudra

Aux sorites des vieux rites

Rapatrier le consensuel

Et dresser à folles aiguillées

Constat de tant de riens encodés

Aux cottages des langages

 

Demain pour sûr

À l’heure du bivouac

À l’heure mutine quand jacasse

La vie éreintée d’oxymores

L’obscurité du cristal gagnera en relief

Et nous irons cantiquer

En tout lieu où vertige le savoir

 

Car ceints de mots adultérant la réalité

Nous irons relever la vie

Qui tarde à virer vers

La sémantique du Tout-muant

 

                     Sept avril / quatorze juillet Deux mille sept

 

 

Le soir disperse les mots

Sous la herse du silence

Tandis que vieillit la vie

Qui vaque à l’altérité

 

Assis sur un canapé

Au parapet du langage

Bruno Essard-Budail

Glisse dans la fente des souvenirs

Et ramène à Douala La Rochelle

Que plénifie l’humanité de l’homme

 

À l’amont du soir

La vie s’avive en nous

Au soc d’une amitié

Qui va de Bruno à Pico

Au levant du fondamental

 

Comme la vie nous renaîtrons

D’entre les opacités des destinées

Pour léguer à l’ici maintenant

La merveille du merveilleux


La suite demain....
Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 13 août 2007 1 13 /08 /Août /2007 17:32
Naissance d'un nouveau blog sur la BD Kamer et surtout sur le travail de Piazo : champion d'Afrique et du Cameroun de karaté ET dessinateur/plasticien. D'après mes infos Piazo prépare une expo pour le renrentrée ET la sortie d'un mag BD. En attendant et pour plus d'info n"hésitez pas à consulter son blog :

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 5 août 2007 7 05 /08 /Août /2007 20:18

Comme promis un extrait de Interdit de laver sa mobylette isi


Chaleur et moiteur

Tu dis que quoi ?

Qu’il fait meilleur ailleurs ?

Les gens souffrent à Dschang à Bamenda à Maroua,

Et à Sangmélima

Mais à Douala ?

Il pleut

J’ai pas dormis depuis

Allez, donne moi un bâton

Pas du miondo, un bâton pour mes poumons.

 

Dans les quartiers sans lumière

La pluie inonde les ruelles

Donne l’argent !

Les policiers sont voleurs

Les ombres violent les fillettes

Cache cette jambe, cache ce sein

Un bite transperce

Une longue plainte jaillie sous l’averse

Et ceux qui se terrent

Derrière les minces cloisons ?



La suite lors de la parution du livre (vers le 15 août).

 

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 1 août 2007 3 01 /08 /Août /2007 18:40
Un ouvrage  rare  : Interdit de laver sa mobylette isi est entièrement façoné à la main. 50 exemplaires pour ce livre objet avec des poèmes de Fernando d'Almeida, Anne cillon Perri, Hervé Yamguen et un petit texte que j'ai pondu. Les illustration sont de Hervé.

Une fois les pages imprimées  voici l'étape du "tamponnage" de la couverture et des titres intérieurs, c'est Hervé qui s'y colle !

Photo004.jpg

Et  en détail...

Photo005.jpg
le résultat avant les couleurs...

Photo006.jpg
Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 29 juillet 2007 7 29 /07 /Juil /2007 14:34
On connaissait le dessinateur BD et maintenant on découvre le plasticien (et aussi le champion de karaté). Petite visite dans son atelier... La couverture du programme du CCF de Douala (2007) réalisé par Piazo

Piazo dans son atelier

de la BD au tableau

Tableau en cours de réalisation
Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 17 juillet 2007 2 17 /07 /Juil /2007 17:46

Voici un article sympas sur la sortie de D'aujourd'hui. Bonne lecture. Vous pouvez aussi retrouver plein de choses sur le site d'origine : http://www.grioo.com

 

Anthologie de la poésie: Cameroun, une symphonie collective à Douala

 

D’aujourd’hui, c’est l’expression du dire mature mâtiné de soupirs fécondant des jeunes pousses de la parole. C’est une expression plurielle dans un cohérent conditionnement.

Voici une solidarité de l’écriture qui s’exprime comme une réappropriation poétique de grande amplitude aux fins d’affirmation dans le contexte embroussaillé de l’édition camerounaise. C’est enfin demain où la permanence scripturaire s’émancipera du maquis de la solitude éditoriale. Quinze poètes, autour d’une unité de tons, de couleurs et d’ambiance ont comparu comme témoins décomplexés d’une époque pionnière. Cantates pour une versification ensorcelée, rageuse, rarement romantique, souvent dénonciatrice du mal-être, pour tout dire iconoclaste. Fernando d’Almeida qui signe en ouverture la note infra-paginale dévoile : « Poésies audacieuses en transit vers l’imaginaire réalisé, ces oeuvres donnent accès à des déchirements existentiels. Se vouant à une sorte de subjectivité collective, elles embraient sur la complexité de notre immédiateté. » Prenons dans ce florilège qui fera date, Angeline Solange Bonono. Loin d’être une vestale, que fait-elle de ces feuilles offertes à la sanction publique ? Elle « gris-grise » des « abraxas à Bacchus » « des phylactères à tous les dieux de mon enfer ». Gargouillis de sentences blessés, la poétesse couve un feu bousculant tout sur son sillage. C’est un cannibalisme carbonisant la parole pour avoir trop retenu ses exhalaisons sauvages. Mots blessés ? Personnages estropiés qui se côtoient au fil du grammage. Et pisse l’encre de tristesse accablée. Marie-Claire Dati, ex-épouse du journaliste Ndachi Tagne : « Adieu toi, c’était mon cœur, passionnément jeunement / Adieu toi, c’était mon trône, jalousiement, fermement ». Au vrai, la bride est lâchée dans ce foisonnement du dire. A chacun sa douleur, son immersion mystique. Et derrière ce foisonnement, veillent des maîtres, à la fois juges et parties. Complices parce que débonnaires. Des passeurs de paroles qui ont opté pour la sédimentation poétique dans un environnement où la mise en bière avec lever de coude sert de leitmotiv existentiel. Les quinze poètes réécrivent le monde avec des mots d’aujourd’hui. Et cela nous vient de Douala, là bas au fond du golfe de guinée, cet ancien « Kamerun stadt » accessible à toutes les fièvres du monde, quand cela ne jaillit pas du fond vaseux de l’estuaire du Wouri. D’aucuns ont ainsi susurré qu’il y a une école poétique dite « de Douala », par opposition à celle de Yaoundé, qui doit encore s’affirmer. Anne Cillon Perri le souligne dans son extraduction : « il importe de souligner que deux grandes écoles dominent le paysage poétique national : il s’agit d’une part, de l’école du poème-objet et d’autre part, de l’école du poème-prétexte. » Mais pour que ce cénacle prenne forme, il y a eu la rencontre de plusieurs facteurs avec, sur la ligne de front, un certain Bruno Essard-Budail, ouvrier discret de l’art. C’est dans la loggia du Centre culturel français que le complot a été fomenté. Avec au bout plusieurs ouvrages en deux ans de présence. Jamais de mémoire de littérateur, on a enregistré un tel mouvement autour du Centre Culturel Français ou de tout autre lieu de création. Il faudra remonter aux années 70 pour retenir toujours en ces lieux de promotion culturelle, l’ enfantement de talents aujourd’hui oubliés : Dikongué Pipa pour le cinéma, Jean Minguele et Eloko Levi pour le théâtre, Et déjà Fernando d’Almeida, Edouard Kingue, Pius Njawe pour la poésie. Et puis vinrent, au gré des mutations du personnel consulaire français, le tandem Nadia Derrar-Bruno Essard-Budail. Au moment où ils quittent le Cameroun, la production artistique et littéraire s’est enrichie d’œuvres magistrales au nombre desquelles la poésie a tenu une place d’importance. Par la grâce des éditions du Centre Culturel Français auxquelles se sont joint les éditions des cahiers de l’Estuaire, sur 247 pages avec en couverture une fresque du peintre Koko Komegne,  D’Aujourd’hui  est une anthologie de quinze poètes camerounais en toute liberté.

Edking

 

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 12 juillet 2007 4 12 /07 /Juil /2007 12:26

Voili voilà, D'aujourd'hui sort de l'imprimerie. On va fêter l'événement, alors retenez la date...

Par BEB - Publié dans : culture (littérature et arts)
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus